Article de Pamela Messi (source EGORA)
Ce week-end s´est tenue la 14ème édition des Entretiens de Saintes (Charente – Maritime) autour du thème : « la santé, malade de la justice ? ». Plus d´une centaine de participants – avocats, magistrats, mais également médecins – étaient réunis pour discuter de l´impact de la jurisprudence sur le comportement des professionnels de la santé et du droit, mais aussi des patients.
Une question taraudait l´assemblée : la France s´achemine-t-elle vers une judiciarisation de la médecine, « à l´américaine ». « Non », ont répondu la plupart des intervenants, mettant à mal quelques idées reçues. « Au pénal, le contentieux de la responsabilité médicale n´a pas explosé, a ainsi expliqué Didier Tabuteau, conseiller d´Etat et responsable de la chaire santé à Sciences Po. Le contentieux administratif reste stable. Quant au contentieux civil, il connait une croissance très importante, mais qui, rapportée au nombre d´actes, doit être relativisée ».
Mais le coût des contentieux, lui, s´accroit. D´où une inflation du prix des primes d´assurance pour certaines spécialités médicales « à risque ». « Les primes augmentent parce que la sinistralité augmente et parce que la fréquence des réclamations augmente », confirme Benoit Guimbaud, qui dirige le secteur gestion des sinistres et prévention des risques de la Société hospitalière d´assurances mutuelles (Sham). En dix ans, la Sham a en effet vu le nombre de réclamations s´accroître de 50 %. Et pourtant, note Benoit Guimbaud, « le risque médical est un iceberg dont la partie émergée que connait l´assureur n´est qu´une infime partie ».
Face à ces informations a priori inquiétantes pour les praticiens, quelques précisions plus « rassurantes » ont été apportées. « Depuis 1986, la responsabilité des professionnels de santé ne peut être recherchée que pour faute, sauf dans le cas d´infections nosocomiales ou de responsabilité du fait des produits de santé », a rappelé Domitille Duval-Arnould, conseillère à la cour d´appel de Paris. Or, a-t-elle ajouté, « une erreur de diagnostic n´est pas nécessairement fautive ».
Les obligations des établissements et des professionnels de santé découlent en effet de la jurisprudence, de la loi du 4 mars 2002, mais aussi du code de déontologie. Un « outil dont le corps médical a la maitrise et qu´il pourrait mieux gérer », pour y intégrer les différentes évolutions, notamment concernant l´information du patient, ont considéré plusieurs intervenants.
Enfin, l´opportunité d´agir au pénal pour les victimes d´aléas médicaux alors que des mécanismes d´indemnisation existent, a beaucoup été débattue. La loi de 2002 a en effet créé des commissions régionales de conciliation et d´indemnisation (Crci) et un Office national d´indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam). Ces nouvelles instances devant faciliter l´accès des victimes à la réparation, l´accélération du versement des indemnisations et le règlement amiable de certains litiges. Mais l´action pénale demeure indispensable, ont affirmé plusieurs avocats, parce qu´elle donne accès aux moyens d´investigation les plus poussés, et parce que « ce que veulent avant tout les victimes d´accidents médicaux, c´est la recherche de la vérité ».
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