ACR 2007 (American College of
Rheumatology), Boston, USA 6-11 novembre 2007
L’ACR est l’association des rhumatologues nord-américains - elle assure une mission d’information scientifique à travers son congrès annuel et ses publications, dont Arthritis &
Rheumatism.
ARTHROSE
L’os sous-chondral pourrait être impliqué dès le début de la maladie
La succession des événements qui aboutissent aux lésions arthrosiques n’est pas clairement élucidée. Plusieurs observations tendent à montrer que les modifications de l’os sous-chondral
pourraient être impliquées très tôt dans le processus de l’arthrose.
Si la densité minérale osseuse est corrélée aux signes radiographiques d'arthrose, aucune étude n’a jusqu’ici été consacrée à la relation entre ce paramètre et les lésions du cartilage.
L’objectif de l’étude présentée par G. Lo (Abstract 203) était de déterminer si une augmentation de la densité minérale osseuse du compartiment interne du plateau tibial est associée à
l’apparition de lésions cartilagineuses ipsilatérales.
Une augmentation de la densité de l’os sous-chondral est étroitement associée à des lésions cartilagineuses
Il s’agit d’une étude transversale portant sur 72 malades avec gonarthrose symptomatique. Les malades ont été explorés par densitométrie et IRM. Ces examens montrent qu’une augmentation de la
densité est étroitement associée aux lésions cartilagineuses ipsilatérales. Un accroissement du rapport entre la densité du compartiment interne et celle du compartiment externe accroît la
probabilité d’atteinte cartilagineuse du compartiment interne (Diapositive 1). Une diminution de ce rapport accroît la probabilité d’atteinte cartilagineuse dans le compartiment externe
(Diapositive 2).
L’atteinte de l’os sous-chondral pourrait être très précoce dans le processus arthrosique
Cette étude illustre l'importance du lien entre l’os sous-chondral et le cartilage dans la pathogénie de l’arthrose. Les modifications de l’os sous-chondral pourraient ainsi être impliquées à un
stade très précoce de la maladie. Une étude longitudinale serait toutefois souhaitable pour confirmer cette hypothèse.
Une autre observation apporte un éclairage intéressant et complémentaire. Elle a trait à l’évolution des symptômes radiographiques d’arthrose après trois ans de traitement par un agent
ostéoformateur, le ralénate de strontium.
L’analyse post-hoc des études SOTI et TROPOS, dont les résultats ont été présentés par Olivier Bruyère (Liège, Belgique), porte sur la comparaison des radiographies du rachis lombaire réalisées à
l’inclusion et après trois ans de traitement par ralénate de strontium, chez 1 105 femmes ostéoporotiques avec arthrose radiologique du rachis (Abstract 738).
Le ralénate de strontium, agent ostéoformateur, ralentit la progression radiologique de l’arthrose.
La différence entre les taux de progression radiologique d’un critère composite sous ralénate de strontium, par rapport au placebo, est hautement significative : 9,9% versus 17,1% (p = 0,0005).
Ce bénéfice radiologique est associé à un bénéfice clinique : une disparition des lombalgies est rapportée par 41,8% des patientes traitées et par 31,3% des patientes du groupe placebo (p =
0,03).
La pathogénie de l'arthrose n'est pas encore élucidée, mais une implication de processus se passant au niveau de l’os sous-chondral est de plus en plus souvent évoquée. Les recherches dans ce
domaine vont se poursuivre car leurs résultats pourraient avoir un impact majeur sur l'approche thérapeutique.
Dr Philippe Mauclet - ACR 2007 - 09 novembre 2007
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GONARTHROSE
Les troubles proprioceptifs peuvent précéder les douleurs
A terme, une prévention de l'évolution de la gonarthrose par rééducation proprioceptive pourrait être envisagée chez certains patients.
Les liaisons dangereuses entre l’arthrose du genou et les troubles proprioceptifs commencent enfin à se clarifier. Une très belle étude de David Felson (Université médicale de Boston), présentée
sous forme de poster à l’ACR (Abstract 807), montre en effet qu’un déficit de la proprioception accroît le risque de développer des douleurs arthrosiques du genou.
Les anomalies neurologiques seraient donc un facteur favorisant la pathologie rhumatismale, et non une conséquence de celle-ci. L’intérêt thérapeutique est évident : les troubles proprioceptifs
étant accessibles à une rééducation, une prévention de l’arthrose devient envisageable chez les sujets à risque dont les tests proprioceptifs sont perturbés.
Pour parvenir à cette conclusion, David Felson a étudié 1 071 sujets issus de la cohorte prospective MOST (Multi-Center Osteoarthritis Study), une cohorte de sujets de 50 à 79 ans atteints ou à
haut risque d’arthrose du genou. L’étude a été menée à la fois de façon longitudinale et transversale, avec suivi clinique, fonctionnel (dont le score WOMAC douleur) et radiologique.
D’emblée, les sujets ont été divisés en quatre groupes, en fonction du niveau des troubles proprioceptifs (PROP). Pour les évaluer, David Felson a eu recours à des tests proprioceptifs de
repositionnement du genou en flexion, tests dont les résultats sont facilement reproductibles chez le sujet normal.
Selon David Felson, aucun lien n’a été retrouvé entre le PROP et les lésions radiologiques initiales ou leur aggravation. Cependant, chez les sujets non douloureux en début d’étude, l’existence
de troubles de la proprioception était associée à une augmentation de la probabilité de survenue de douleurs.
« A l’avenir, on pourrait envisager de tester systématiquement la proprioception chez les sujets à risque d’arthrose, et mettre en route une rééducation si nécessaire » s’enthousiasme David
Felson. « Mais on n’y est pas encore », précise-t-il.
Une autre communication, présentée la veille par Kristin Lee et son équipe du Rush Medical College de Chicago (Abstract 190) va dans le même sens. Chez les patients atteints d’arthrose du genou,
une baisse de la sensibilité vibratoire au niveau des extrémités des membres inférieurs et supérieurs est observée, comparativement à des sujets normaux. Ces résultats suggèrent que les troubles
proprioceptifs sont plus étendus que la maladie rhumatismale
Dr Sandrine Cabut - ACR 2007 - 10 novembre
RHUMATOLOGIE
Lombosciatique par hernie discale : de nouveaux repères
Une nouvelle étude randomisée à 1 an, chirurgie versus traitement conventionnel, apporte de nouveaux éléments pour le dialogue médecin-patient.
En cas de lombosciatique par hernie discale, la durée du traitement médical, et le délai de l’intervention chirurgicale en cas d’échec, posent question. De nouvelles données sont apportées par
une étude randomisée, comparant chirurgie précoce versus traitement conservateur, publiée en 2007 dans le New England Journal of Medicine.
Une étude randomisée de bonne qualité
283 patients avec une sciatique sévère depuis 6 à 12 semaines ont été randomisés en deux groupes : 141 patients ont eu une chirurgie précoce et 142 ont eu un traitement conservateur prolongé
avec, en l’absence d’amélioration, la possibilité d’une chirurgie seconde (microdiscectomie). Dans ce dernier groupe, 39 % seulement des patients ont été opérés à 1 an.Concernant le soulagement
de la douleur et la perception de la récupération fonctionnelle, les résultats à un an sont identiques dans les deux groupes. Si l’on considère les résultats dans le temps, on constate une
diminution beaucoup plus rapide de la douleur radiculaire avec la chirurgie précoce. Cependant, à un an, le résultat fonctionnel n’est pas significativement différent et plus de 6 patients sur 10
voient leur état s’améliorer avec le seul traitement médical après la 12e semaine.
La technique chirurgicale utilisée a été la plus habituelle : exérèse de la hernie discale avec laminectomie a minima et curetage partiel en évitant une dissectomie sub-totale. D’autres
techniques plus économes ont été utilisées chez quelques malades, mais les résultats ne diffèrent pas, compte tenu du faible nombre de malades.
Le seul bémol de cette étude concerne le traitement médical des malades. Il s’agit d’une étude réalisée par des chirurgien. Le traitement médical initial a été réalisé en médecine générale et il
ne comprenait qu’un traitement anti-inflammatoire et antalgique ajusté, avec de la rééducation standard. Les malades n’ont pas eu d’infiltration, ni lombostat, ni autre technique rhumatologique.
De nouveaux repères pour la pratique médicale
Cette étude montre ce que l’on savait déjà : à un an, les résultats de la chirurgie et du traitement conservateur dans la sciatique sont très semblables. Peut-être n’en est-il pas de même à 5 ans
ou à 10 ans, où la chirurgie peut être à l’origine d’une discarthrose plus importante.
Si votre malade ne supporte pas sa douleur ou, s’il a une profession qui ne lui permet pas de s’arrêter longtemps ou souvent, cette étude démontre que le soulagement de la douleur radiculaire
sera plus rapide avec la chirurgie avec un bon résultat à un an. Il n’y a donc pas plus de risque.
Si votre malade a peur de la chirurgie, cette étude démontre que le traitement médical peut être poursuivi au-delà du délai traditionnel de 2 à 3 mois, avec de bonnes chances de guérison : plus
de 6 malades sur 10 se sont améliorés ou ont guéri entre le 3e et le 12e mois. De plus, élément fondamental pour le médecin, la poursuite du traitement médical au-delà de 2 mois ne semble pas
s’accompagner de plus de risque de lésions radiculaires : le résultat fonctionnel est équivalent à 1 an.
La décision opératoire dans le traitement médical de la sciatique par hernie discale peut donc se discuter plus tôt ou plus tard que le traditionnel délai de 2 à 3 mois. Il s’agit d’un choix
éclairé du malade en fonction de sa situation personnelle, sociale et professionnelle.
Dr Jean-Paul Marre - Octobre 2007
L'information des congrès sur le Magazine Medical-Congress.com
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