Voici un extrait d'un article du
Dr Raymond BOURDAGES, Gastro-entérologue sur la revue de formation continue "
Le Médecin du Québec" Volume 37, numéro 2, février
2002.
Article original en PDF
Données importantes, en particulier sur la physiopathologie, la prévalence et l'approche clinique. On regrette que le sujet ne traite pas les autres répercussions des troubles fonctionnels
oesophagiens.
La douleur thoracique non cardiaque (DTNC) se définit comme une douleur rétrosternale de type « angineux », sans anomalie visible à l’exploration
cardiaque.
Osler[1] a été le premier à suggérer, en 1892, que
l’œsophage pouvait être à l’origine de douleurs thoraciques. Selon les études de 23 à 80%[2] des patients ayant une DTNC souffrent de différentes maladies oesophagiennes pouvant contribuer à leurs symptômes.
Physiopathologie de la douleur oesophagienne
La douleur provient de la stimulation de différents récepteurs de la paroi oesophagienne qui transmettent leurs signaux au système nerveux central.
Il y a trois types de récepteurs sensitifs, soit les chimiorécepteurs, stimulés par des substances irritantes telles que l’acide ou la bile, les mécanorécepteurs, qui perçoivent la distension
oesophagienne, la dysmotilité ou l’infiltration (néoplasie), et les thermorécepteurs, qui perçoivent le degré de température des produits en contact avec la muqueuse.
Reflux gastro-oesophagien
Le reflux gastro-oesophagien demeure la cause la plus fréquente de la douleur oesophagienne. La preuve en est que les inhibiteurs de l’acide
chlorhydrique (anti-HCl) soulagent efficacement les symptômes.
Dysmotilité
Pendant plusieurs années, on a pensé que la dysmotilité oesophagienne était la cause des DTNC, les mécanorécepteurs étant stimulés par les
contractions anormales de la paroi oesophagienne. Cependant, la stimulation de ces récepteurs (qui sont situés dans la couche musculaire longitudinale) par une distension subite ou graduelle à
l’aide d’un ballonnet placé dans l’oesophage n’a pas montré de différence significative dans la perception de la douleur des sujets témoins et des patients souffrant de DTNC[3][4] De plus, la corrélation entre les anomalies de la motilité oesophagienne objectivées à la manométrie statique ou ambulatoire et les
accès de douleurs thoraciques est faible[5].
Hypersensibilité viscérale
Certains patients souffrant d’une DTNC ont une hypersensibilité viscérale non seulement oesophagienne, mais généralisée. L’hypersensibilité viscérale
est une perception viscérale anormalement élevée, indépendamment de l’intensité du stimulus périphérique. Les patients ont un seuil de tolérance diminué à la distension oesophagienne par
ballonnet, comme les patients souffrant d’un syndrome du côlon irritable (à la distension rectale par ballonnet), d’où le terme « oesophage irritable »[6]. Ainsi, un stimulus physiologique de l’œsophage comme un reflux d’acide entraîne une douleur
thoracique.
Aspect psychologique
Les patients souffrant d’une DTNC, tout comme ceux qui souffrent d’un syndrome du côlon irritable, ont une incidence accrue de maladies
psychiatriques incluant l’anxiété, la somatisation, la dépression et le trouble panique10. Le trouble panique est le problème le plus fréquent : il affecte de 25 à 57 % des patients souffrant
d’une DTNC[7].
[1] Osler W. The Principle and Pratice of Medicine. New York,
Appleton, 1982.
[2] Nevens F, Janssens J, Piessens J, et al. Prospective study of
prevalence of oesophageal chest pain in patients referred on an elective basis to a cardiac unit for suspected myocardial ischemia. Dig Dis Sci, 1991; 36: 229-35
[3]Richter J, Barish C, Castell D.
Abnormalsensory perception in patients with esophageal chest pain. Gastroenterology 1986 ; 91 :845-52
[4] Patterson W, Wang H, Vanner S.
Increasing pain sensation to repeated esophageal balloon distension in patients with chest pain of undetermined etiology. Dig Dis
Sci 1995; 40: 1325.
[5] Achem S, Crittenden J, Kolts B,
Burton L. Long-term clinical and manometric followup of patients with non specific esophageal motor disorders. Am J
Gastroenterol 1992 ; 87 : 825-30.
[6] Janssens J, Vantrappen G.
Irritable esophagus. Am J Med 1992 ; 92 : 27S-32S.
[7] Clause RE, Lustman PJ.
Psychiatric illness and contraction abnormalities of the esophagus. N Engl J Med 1982 ; 309 : 1337-42.
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