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Article du Pr Philippe Chanson paru sur EGORA le lundi 16 juin 2008, consulté le 16/06/08 à 15h45
http://www.egora.fr/commun/script/winbreve.asp?newsid=47214&news_ref=149
Lire l'abstract sur NCBI
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18519929?ordinalpos=1&itool=EntrezSystem2.PEntrez.Pubmed.Pubmed_ResultsPanel.Pubmed_RVDocSum
Boxe : des fonctions hypophysaires altérées, avec retardement
Tanriverdi F et al. Pituitary volume and function in competing and retired male boxers. Ann Intern Med 2008 ; 148 : 827-831.
On connaît maintenant bien les effets des traumatismes crâniens sur la fonction hypophysaire. Mais quel peut être l´effet de traumatismes répétés comme ceux éprouvés par les boxeurs qui, comme
chacun sait, sont associés à des pertes de conscience, des traumatismes cérébraux et des conséquences neurologiques?
Afin de répondre à cette question, une équipe turque a analysé la fonction hypophysaire de 61 boxeurs amateurs (encore en activité ou l´ayant arrêté). Aucun déficit thyréotrope ou gonadotrope n´a
été trouvé. En revanche, 9 des 61 boxeurs (15 %) avaient un déficit en GH lors du test de stimulation. Tous les boxeurs sauf un qui avaient un déficit en GH, étaient des anciens boxeurs.
Finalement, c´étaient 47 % des anciens boxeurs (8/17) qui avaient un déficit somatotrope. De plus, 8 % des boxeurs présentaient un déficit corticotrope. Les déficits en GH ou en ACTH étaient
associés dans 5 % des cas. Finalement, globalement, 11 des 61 boxeurs, soit 18 % des boxeurs (en activité ou anciens boxeurs) avaient une dysfonction hypophysaire.
Les comparaisons entre les boxeurs ayant une fonction hypophysaire normale ou anormale ont montré que l´âge au moment de l´arrêt de la boxe, les variables de composition corporelle et les
triglycérides étaient statistiquement significativement supérieurs chez les boxeurs ayant une anomalie hypophysaire en comparaison de ceux qui n´en avaient pas. En revanche, les taux de HDL,
d´IGF1, le pic de cortisol, le pic de GH étaient significativement inférieurs chez les boxeurs ayant une insuffisance ante-hypophysaire en comparaison de ceux qui avaient une fonction
hypophysaire normale.
Une mesure du volume hypophysaire a été effectuée dans un sous-groupe de patients. En cas de déficit en GH le volume hypophysaire moyen mesuré en IRM était significativement inférieur à celui des
patients sans déficit (373 vs 538 mm3, p < 0.019). Une relation inverse statistiquement significative a été également trouvée entre la durée de la carrière de boxeur et la valeur d´IGF1 (r =
0.46, p < 0.001).
La boxe semble donc bien être une cause de déficit hypophysaire. Les anomalies sont surtout trouvées chez les anciens boxeurs, ce qui laisse penser que c´est l´accumulation des micro-traumatismes
crâniens sur la durée qui est à l´origine de ces déficits. Il faut donc sûrement analyser la fonction hypophysaire chez les boxeurs, en particulier lorsqu´ils ont arrêté cette activité
sportive.
Cette étude est intéressante mais restrictive : il existe de nombreux cas de traumatismes crâniens bénins qui ne se trouvent pas uniquement dans la boxe ou autre sport de combat. Toutes les
activités qui entraînent des chocs directs, des chutes ou des microtraumatismes à répétition sont susceptibles de développer des troubles de la fonction hypophysaire.
Par exemple, suite à un accident de voiture avec choc direct au niveau du crâne, une femme présente un arrêt des règles sans explications médicales.
Les mécanismes évolutifs des microtraumatismes ne sont pas étudiés dans toute la population car ils présentent la particularité de passer inaperçus dans les examens cliniques à court et moyen
terme. L'étude ci-dessus précise bien qu'il s'agit d'un travail de recherche sur les anciens boxeurs, donc c'est le facteur "additionnel" des microtraumatismes qui sont pris en compte, pas les
incidents qui surviennent au moment des chocs. Il serait judicieux de réfléchir sur la véritable conséquence d'un choc, puis sa répétition sur des tissus qui subissent les contraintes, étudier le
rétablissement de la perfusion de la région et surtout les adaptations neurologiques immédiates au traumatisme (posture, équilibre, vision, odorat, déglutition, thermorégulation, digestion,
élimination, etc.).
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